17/03/2007

Suicide... l'autre voyage.

article_nocturne2005[1]

L'aube bleutée, oisive, frémissante sous la rosée printanière s'étirait comme le jeune enfant assis dans son lit, souriant à la gourmande perspective d'avaler un grand bol de chocolat chaud et mordre joyeusement cette belle journée annoncée.

La semaine commençait. Une semaine habituelle, sans surprises. Une semaine clientèle. Vendre des produits "bébé", il le faisait avec coeur et plaisir depuis une dizaine d'années. La grisaille du macadam, on the road again, opposée aux vivaces couleurs des têtes de gondoles animait son quotidien.
Au volant de sa puissante berline, tandis que la FM crachait les nouvelles du monde entre pub et variété formatée, il passait en revue les moments de sa vie comme la troupe défile devant les généraux avant l'ultime combat.
Il pensait à l'équilibre retrouvé dans la relation chaotique vécue avec son ex-compagne et leur petite fille Mathilde. Il s'était reconstruit, se nourissant avec appétit de ce que lui offrait la nouvelle femme de sa vie : un nouvel enfant était né. Les projets affluaient : une maison à construire, des vacances pour la famille....
Le mal aux reins qui l'avait conduit aux urgences espagnoles lors d'un voyage incentive aux Baléares continuait à l'inquiéter mais ça passerait probablement comme le reste, se disait-il. 
Coup d'oeil dans le rétroviseur, la route est fluide, sereine....
Soudain, il a froid, très froid, l'eau pourtant pisse le long de l'échine, le fièvre fait barrage. Il pense, il s'étouffe, son existence défile comme un diaporama qui s'emballe vite, trop vite. Syndrôme de l'entonnoir, confusion des sentiments..... sa naissance, son enfance, ses joies, sa tristesse, ses colères, ses colères surtout : pourquoi papa s'est-il suicidé sans explications, sans la moindre réponse à nos questions ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Coup de volant rageur à droite, il quitte la route pour un chemin caillouteux.... conduite hypnotique dans l'épaisse poussière trainée par la voiture. Il freine. Silence. La diapo cérébrale a cessé de défiler. Arrêt sur image : celle de ses deux petites filles. Calmement, il tire de son portefeuille soigneusement rangé les photos de Mathilde et Chloé. Serrées entre ses doigts fébriles, il les contemplent, ces gamines qu'il aime tant, prometteuses d'innombrables années de bonheur.
Et pourtant......
Il sort de la voiture. Pas de vent, les oiseaux sont ailleurs, l'aube a égaré sa lumière et la rosée s'est évaporée.... Quelques pas, il ouvre le coffre, en sort une corde. Quelques pas encore, un arbre, une branche. Tel l'artisan maîtrisant son art, il fabrique un noeud. Un noeud rude, dur, inextensible comme celui qui fut le drame de sa vie : l'abandon d'un père qu'il aimait.
Quelle a été sa dernière pensée ? Nul ne le saura..... Offert aux corneilles, son corps balance, mou,  débarassé d'une vie qui lui semblait à ce point insupportable qu'il venait de commettre à son tour l' inconcevable. 
 
Mon ami, tu prétendais toujours que j'étais ton rayon de soleil lorsqu'autour d'un amer café nous refaisions le monde. Si j'étais ton soleil c'est parce que tu étais mon miroir..... Où que tu sois, ma lumière t'accompagne. Tu te réjouissais de mon prochain départ pour le Tibet, des sommets enneigés plein les yeux. Ne t'inquiète pas, je ne t'oublierai pas et je me gaverai de ton enthousiasme d'alors pour gravir les cîmes qui me rapprocheront de toi. Et plus près de toi, là-haut, peut-être que dans un murmure emprunté au vent tu me diras pourquoi ce voyage sans annonce......
Adieu......
 
Feuille d'automne       

09:14 Écrit par Feuille d'automne dans pensées | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

... un départ sans mots... et un abîme de questions pour ceux qui restent... c'est très dur...
ne l'oublie jamais, non, continue de le faire vivre dans ton coeur... un jour, il te dira...

Écrit par : cil | 17/03/2007

Les pourquoi qui taraudent toujours, qui blessent l'âme, insidieusement, pour finir pas l'attirer vers un départ sans retour où les mots et les gestes n'ont plus de prise .

Écrit par : balaline | 20/03/2007

Repose en paix cher inconnu Triste histoire que celle de cet ami... La douleur de l'absence trop lourde à supporter... Les "pourquoi" qui empoisonnent l'âme... Puisse-t-il reposer en paix...

Écrit par : Petite Louve | 21/03/2007

accepter la limite des autres ... face à la souffrance est toujours difficile.

Écrit par : mariwi | 21/03/2007

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