10/10/2006

Excuse mélancolique

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Je ne vous aime pas, non, je n'aime personne.
L'Art, le Spleen, la Douleur sont mes seules amours ;
Puis, mon coeur est trop vieux pour fleurir comme aux jours
Où vous eussiez été mon unique madone.
 
Je ne vous aime pas, mais vous semblez si bonne.
Je pourrais oubliez dans vos yeux de velours,
Et dégonfler mon coeur crevé de sanglots sourds
Le front sur vos genoux, enfant frêle et mignonne.
 
Oh ! dites, voulez-vous ? Je serais votre enfant.
Vous sauriez endormir mes tristesses sans causes,
Vous auriez des douceurs pour mes heures moroses,
 
Et peut-être qu'à l 'heure où viendrait le néant
Baigner mon corps brisé de fraîcheur infinie,
Je mourais doucement, consolé de la vie.

Jules Laforgue, Les complaintes, 1895

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Il pleure dans mon coeur

medium_Pluie[1]

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?
 
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !
 
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! Nulle trahison ?
Ce deuil est sans raison.
 
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans peine
Mon coeur à tant de peine !

Paul Verlaine, Romance sans paroles, 1874

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