10/10/2006

Excuse mélancolique

302570810[1]

Je ne vous aime pas, non, je n'aime personne.
L'Art, le Spleen, la Douleur sont mes seules amours ;
Puis, mon coeur est trop vieux pour fleurir comme aux jours
Où vous eussiez été mon unique madone.
 
Je ne vous aime pas, mais vous semblez si bonne.
Je pourrais oubliez dans vos yeux de velours,
Et dégonfler mon coeur crevé de sanglots sourds
Le front sur vos genoux, enfant frêle et mignonne.
 
Oh ! dites, voulez-vous ? Je serais votre enfant.
Vous sauriez endormir mes tristesses sans causes,
Vous auriez des douceurs pour mes heures moroses,
 
Et peut-être qu'à l 'heure où viendrait le néant
Baigner mon corps brisé de fraîcheur infinie,
Je mourais doucement, consolé de la vie.

Jules Laforgue, Les complaintes, 1895

23:13 Écrit par Feuille d'automne dans littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : melancolie |  Facebook |